Jeanbon Saint-André
Un pasteur révolutionnaire au service du salut public
Pasteur et révolutionnaire,
fils de tisserands montalbanais devenu chef de guerre,
organisateur de la Marine en révolution,
Pour sauver la Patrie en danger,
Régicide au service de l’Empire,
Capitaine aux Antilles,
Diplomate à Tunis et Smyrne,
Captif sur les rives de la mer Noire,
Préfet et baron à Mayence,
le parcours de Jeanbon Saint-André a de quoi étonner.
S’intéresser à ce destin particulier c’est replonger dans cette époque où la République encore vacillante joue sa survie en même temps qu’elle pose les bases d’une nouvelle façon de voir le monde. Ce sont ces origines révolutionnaires de la France contemporaine que nous voulons explorer avec l’amicale Jeanbon Saint-André.

Buste en bronze de Jeanbon Saint-André, réalisé par Yolande Cartigny Rousselot Payllet exposé rue Bessière devant l’Ancien Collège à Montauban (Photographie M.Blanc)
Quelques repères biographiques
Un talent entravé.
Jeanbon Saint-André naît en 1749 dans une famille de la petite bourgeoisie industrieuse de Montauban. Il appartient à une minorité religieuse dans un Royaume qui officiellement ne reconnaît qu’une seule religion. Jeanbon Saint-André pour cette raison est entravé dans ses ambitions. Malgré ses capacités, il ne peut devenir avocat sans renoncer à sa foi. Aussi, Jeanbon abandonne le droit pour une carrière dans la marine marchande. Il traverse plusieurs fois l’Atlantique, fait naufrage. Il décide alors de traverser le royaume pour se rendre en Suisse et se faire pasteur. De retour dans le Sud-ouest, d’abord à Castres, il officie à Montauban quand éclate la Révolution. Celle-ci le rattrape quand elle réactive dans les rues de Montauban, en mai 1790, le spectre des guerres de religions.
Missionnaire de la République.
Jeanbon Saint-André est élu à la Convention alors que se met en place la première République. Il vote, avec la majorité des députés, la mort du roi. Il intègre ensuite le célèbre Comité de salut public. Il s’y trouve chargé des questions de marine dans un contexte géopolitique catastrophique.

Détail du tableau Vue de l'intérieur du port de Brest, prise de l'ancienne cale de l'Intendance, en 1795 de Jean-François Hue (Musée de la Marine)
Sauver la République
La toute jeune république encerclée sur terre doit en même temps affronter sur les mers la puissante Navy anglaise. Alors qu’une partie des officiers supérieurs fait le choix de la trahison, il déploie une grande énergie pour maintenir une marine de guerre opérationnelle. C’est dans ce contexte qu’il fait adopter pour la première le pavillon tricolore à bandes verticales tel que nous le connaissons aujourd’hui. Il cherche surtout l’équilibre entre la répression des cadres déloyaux et le maintien des compétences nécessaires. Il veut prendre en compte les souffrances terribles des hommes, ouvriers des arsenaux, marins tout en faisant face à l’urgence de l’effort pour redresser la situation. Il s’embarque à la tête de l’escadre lors des combats de Prairial qui doit sauver la France de la famine.
Malgré ses bons et loyaux service Jeanbon Saint-André est emprisonné après la chute du Comité de salut public. Dans sa cellule il est immortalisé à cette occasion par le peintre David. Il échappe finalement à la guillotine et fini par être libéré.

Détail du tableau Combat de la Bayonnaise contre l’Embuscade, 1798 peint par Louis-Philippe Crépin en 1801 (Musée de la Marine).

Détail du tableau Combat de la Bayonnaise contre l’Embuscade, 1798 peint par Louis-Philippe Crépin en 1801 (Musée de la Marine).
Serviteur de l’État à travers le monde
Il devient consul à Tunis avant d’être envoyé à Smyrne en Turquie. Il y est finalement fait prisonnier à la suite de la campagne d’Égypte conduite par le jeune Bonaparte. Libéré après trois ans de captivité, il est nommé par le premier consul, préfet du Mont-Tonnerre à Mayence en 1802. Il y exerce ses talents d’administrateur jusqu’en 1813. Alors que la Grande armée multiplie désormais les revers et doit affronter une importante épidémie de typhus, Jeanbon Saint-André en participant au soin des soldats, est à son tour emporté par la maladie. Le texte en français inscrit sur sa tombe est toujours visible à Mayence et rend hommage à sa simplicité et à son dévouement.
La toute jeune république encerclée sur terre doit en même temps affronter sur les mers la puissante Navy anglaise. Alors qu’une part
Pasteur révolutionnaire ? Régicide sanguinaire ? Girouette ? Grand serviteur de l’État ? Des Antilles à l’Anatolie, de Tunis à Mayence, le destin si particulier de Jeanbon Saint-André mérite, dans tous les cas, mieux que l’oubli. Il nous invite à redécouvrir les origines tumultueuses de notre République.
« Un gouvernement de conventionnels, de jacobins; habillés de laine grossière, de sabots aux pieds, réduits pour toute nourriture à du pain grossier, qui se jetaient sur des matelas étalés par terre dans le lieu de leurs séances quand ils succombaient à l’excès de fatigues et des veilles. Voilà quels hommes ont sauvé la France! J’en étais, Messieurs, et je le tiens à gloire. »
Jeanbon Saint-André

